Aller au contenu
Accueil » Blog sans détour » Avoir plein d’idées : force ou stratégie de fuite ?

Avoir plein d’idées : force ou stratégie de fuite ?

Cet article est paru dans ma newsletter Inspire le changement le 1er juin 2026. Recevoir les prochains numéros →

Hello,

Pour commencer, merci aux 10 premiers abonnés qui se sont inscrits. Ça fait chaud au cœur.

Maintenant que c’est dit, bienvenue dans ma tête.

Je suis devant mon écran ce matin et je ris encore toute seule. Pas un rire joyeux. Un rire jaune.

Quatre pages Google ouvertes. Chacune avec un profil différent. Chacune avec quinze onglets dedans. Soit 60 onglets, pour quatre versions de moi-même : Séverine sophro, Séverine CAP Entrepreneur, Séverine Atelier, Séverine formatrice. Sans parler de Notion, Claude et des projets persos.

Je regarde tout ça. Et je sais déjà ce qui va se passer.

Je vais cliquer sur le projet qui me fait le plus vibrer maintenant. Pas celui qui m’amène quelque part. Celui qui me fait vibrer maintenant.

(Pssitt : ce matin, c’est le podcast. Tout neuf. Tout est encore à construire. Je sens déjà la chaleur monter dans la poitrine rien qu’à écrire ça.)

Sauf que. Ce projet-là ne me paiera pas mon weekend à San Sebastian fin août.

Le projet qui me paiera ce weekend, lui, dort dans l’autre onglet. Plus loin à droite. Celui que j’ai presque bouclé côté création. Il reste à le vendre, à le livrer, à le faire vivre. Donc rien d’excitant en réalité.

Tu vois où je veux en venir ?

(Et tiens, puisqu’on y est, hier, j’ai passé trois heures à construire une présentation en HTML pour mon merveilleux. Palette terracotta et sauge, animations au scroll, itinéraire jour par jour, bonnes adresses à Marseille, restos en Provence, le truc super soigné. Tout ça pour lui pitcher l’idée d’un road trip de sept jours, parce que ma fille Salomé monte le Mont Ventoux sur l’étape du Tour Femmes en août. Trois heures de pure dopamine. Tu sais combien j’ai avancé sur les projets pros qui paient ce road trip ? Pas une minute. Mes 60 onglets, c’est exactement la même chose. À une autre échelle.)

— C’est ce qui m’amène à me demander —

Sur quoi est-ce que j’avance vraiment ce matin : sur ce qui me fait vibrer maintenant, ou sur ce qui me mène quelque part ?

— Ce que la science dit là-dessus —

Wolfram Schultz. Années 90. Singes et jus de fruit. Tu connais peut-être.

Schultz mesure l’activité des neurones dopaminergiques pendant qu’il donne du jus à des singes. Il s’attend à voir le pic de dopamine au moment où le singe boit. Logique. La récompense, c’est le jus.

Sauf qu’il observe exactement l’inverse.

Le pic de dopamine arrive au moment où le singe anticipe le jus. Pas au moment où il le boit. Et plus la prédiction devient certaine, plus le pic se déplace vers l’amont. Vers le signal d’arrivée. Vers le bruit de la machine. Vers le geste du chercheur.

Donc la dopamine n’est pas la molécule du plaisir. C’est la molécule de l’anticipation. Le carburant du « tiens, et si… ».

Ça change beaucoup de choses quand on est à son compte.

Parce que dans la vie d’une entrepreneure, qu’est-ce qui ressemble le plus à un singe qui anticipe son jus ?

UN NOUVEAU PROJET.

Tu y penses. Tu ouvres un Notion. Tu nommes les sections. Tu choisis les couleurs. Tu te projettes dans le résultat. Et là, ton cerveau libère la dose. Cette chaleur dans la poitrine, ce sentiment d’être pleinement vivante, cette sensation que tu tiens enfin LE truc.

Ensuite vient l’exécution. La mise en vente. La livraison. Les ajustements. Les relances. Le suivi des paiements. La page de remerciement à corriger pour la troisième fois.

Devine ce que fait le pic dopaminergique pendant tout ça ?

Il s’aplatit.

Pas parce que tu manques de discipline. Pas parce que tu es « TDAH » (hello la team, j’suis avec toi). Pas parce que tu n’aimes pas ton projet. Parce que ton cerveau est câblé pour réagir à la nouveauté, pas à la finition.

Et qu’est-ce qu’il fait, ton cerveau, quand le pic s’aplatit ?

Il cherche un nouveau shoot.

C’est-à-dire un nouveau projet.

Ce que j’observe chez mes clientes, et c’est fou comme ça revient, c’est exactement ce mécanisme. L’offre est claire. La page existe. Le programme est structuré. Côté création, c’est bouclé. Et au lieu de mettre l’énergie sur la vente, le déploiement, la diffusion, elles me parlent d’un nouveau format qui pourrait être super intéressant.

Le premier projet n’est pas mort. Il dort. Coincé dans la partie peu gratifiante de sa propre vie : tout ce qui reste à faire une fois qu’il n’y a plus rien à inventer. Promouvoir. Vendre. Animer. Ajuster. Recommencer. Et tout ça n’offre pas le même pic.

Le pire, c’est qu’on se justifie. On appelle ça de la créativité. De l’adaptabilité. De l’écoute du marché. Sauf que rien de tout ça n’est faux. Sauf qu’en dessous, il y a aussi un cerveau qui cherche son shoot.

— Ce que ça change en vrai —

Quand je travaille avec une cliente qui jongle avec quatre projets en parallèle, il y a quelque chose de très précis qui se passe dans le corps. Une agitation discrète. Les yeux qui balayent l’écran. Le doigt qui revient sur la souris sans qu’on l’ait décidé. La respiration qui monte dans la poitrine, jamais dans le ventre.

Le corps est en mode chasse. Pas en mode exécution.

Et dans la tête, ce sont Gérard et Paulette qui s’engueulent. (Tiens, ça faisait longtemps que je ne t’avais pas parlé d’eux)

Paulette, drama queen en paillettes : « Mais regarde cette idée comme elle est belle, là, tout au fond à droite. Faut s’y mettre tout de suite. Et si tu lançais un podcast en plus ? Tu vois pas comme ce serait beau ? »

Gérard, pragmatique, un poil rude : « T’as combien de trucs ouverts, là ? T’en as sorti combien, vraiment ? San Sebastian, tu comptes le payer comment ? »

Paulette : « Mais regarde comme le leadmagnet sur les mécanismes du cerveau est devenu ennuyeux. C’est fini, on a déjà fait le plus beau. »

Gérard : « Le plus beau, c’est quand l’argent rentre. Le reste, c’est du rêve. »

Au milieu de tout ça monte cette frustration en sourdine qu’on connaît bien. Cette impression de travailler tout le temps sans jamais voir les fruits. Cette excitation à la nouveauté qui devient, dimanche soir, une légère culpabilité quand on regarde la liste de ce qui n’est pas sorti.

Et puis il y a le sens. Celui qui se perd quand on commence à tout disperser. À force de courir après le prochain pic, on n’avance plus sur ce pour quoi on est là. On le sait. On le sent. On n’en parle pas.

Mais la bonne nouvelle, c’est que reconnaître ce mécanisme change tout. Pas parce qu’on devient soudain super discipliné. Parce qu’on commence à voir la dopamine pour ce qu’elle est : un signal de nouveauté, pas un signal de direction.

Et ça, ça permet de choisir.

— Maintenant PRENOM, la question qui retourne le cerveau. —

Et si avoir plein d’idées n’était pas la preuve que tu es créative, mais la stratégie de ton cerveau pour ne jamais avoir à, vraiment, finir quelque chose ?

3 tips concrets
à tester cette semaine

  1. à faire maintenant. Ouvre tous tes onglets, tes documents en cours, tes Notion ouverts, tes notes vocales pas encore retranscrites. Compte. Ce chiffre, c’est ton nombre de pics dopaminergiques en attente. Pas un jugement. Une information.

  2. à faire ce soir. Choisis UN seul projet à porter sur les 30 prochains jours. Pas le plus excitant. Celui qui t’amène quelque part de précis : un revenu, un cap, un weekend à San Sebastian, peu importe. Écris-le quelque part de visible. Les autres projets, tu les laisses dans leur onglet. Ils n’ont pas disparu. Ils attendent.

  3. à observer sur la semaine. Repère le moment exact où ton cerveau te demande son nouveau shoot. C’est très précis. C’est ce moment où tu te dis « tiens, et si je faisais aussi… ». Ce moment-là, ce n’est pas une intuition. C’est ta dopamine qui réclame son pic. Tu peux la remercier, sourire, et revenir à ce que tu avais commencé.

Tu peux me répondre directement à cet email. Je suis curieuse de ce que tu observes. Je lis tout, je réponds à tout.

Voilà, c’est tout pour cette semaine, on se retrouve la semaine prochaine.

Prends soin de toi (et de ton business aussi, mais de toi d’abord).
Un jour se sera simple.

Séverine

Psiiit : La plupart des personnes qui lisent cette newsletter sont arrivées ici parce que quelqu’un leur a forwardé un lundi matin. Si tu connais quelqu’un qui traverse aussi ce truc des mille onglets ouverts, tu peux lui partager. Et si tu n’es pas encore inscrit.e, c’est le moment.

Abonnez-vous maintenant