Ce que tu vas comprendre cette semaine :
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Comment savoir en quoi je crois vraiment dans mon activité ?
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Comment se forment vraiment nos convictions professionnelles ?
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Comment relier son parcours pour construire une conviction solide ?
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Qu’est-ce que ça change concrètement d’avoir des convictions professionnelles claires ?
Je sais que je ne suis pas la seule, n’en déplaise à mon égo, mais j’ai besoin d’avoir des convictions à défendre.
Pas des valeurs jolies, affichées sur une page « à propos », interchangeables d’une entrepreneure à l’autre. De vraies lignes, celles qu’on ne bouge pas, même quand ça dérange, même quand personne autour de la table n’est d’accord.
Une opinion, ça se discute autour d’un café, et ça change parfois avant même d’avoir fini sa tasse. Ne dis pas non, ça t’es déjà arrivé. Enfin moi… ça m’est déjà arrivé. Une valeur, c’est plus stable : c’est une direction, un phare, presque abstrait tant qu’on ne l’a pas confrontée à une décision précise. C’est non négociable ! La liberté, l’exigence, la transmission : on peut y croire toute sa vie sans jamais avoir eu à trancher quoi que ce soit avec. Une conviction, c’est cette même valeur, mais appliquée : ce qu’elle devient une fois qu’elle rencontre mon métier, mes clientes, un tarif à fixer, un outil à choisir ou à refuser. Les deux ne s’opposent pas. L’une est la racine. L’autre, ce qui pousse, visible, le jour où la racine touche le sol d’une vraie décision.
Le mot vient du latin convincere, de cum et vincere, vaincre1. Au XVIe siècle, en français, une conviction désignait l’action de prouver la culpabilité de quelqu’un devant un tribunal.
Ce n’est donc pas une opinion tranquille qu’on affiche sur une page. C’est ce qui a fini par vaincre le doute, gagner le procès qu’on se faisait à soi-même.
Chez moi, la racine, c’est la liberté. Et voilà ce qu’elle donne, une fois qu’elle touche le sol de mon métier :
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C’est parce que je veux être libre, que je refuse de faire de la preuve de compétence ma priorité : le problème n’est jamais la compétence.
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C’est parce que je veux être libre, que je refuse de dépendre d’un outil, aussi performant soit-il : le problème n’est jamais l’outil.
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C’est parce que je veux être libre, que je refuse de me laisser bloquer par un prétexte technique : ce qui bloque n’est jamais technique.
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C’est parce que je veux être libre, que je refuse de culpabiliser de prendre du temps pour moi : me reposer n’est jamais du temps volé à mon business.
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C’est parce que je veux être libre, que je refuse de tout compliquer avant de m’autoriser à avancer : un jour ce sera simple.
Gérard n’a pas résisté : « Ça fait beaucoup de liberté pour cinq petites phrases. » Peut-être, Gérard. Mais une conviction sans la valeur qui la porte, ce n’est qu’une punchline. Et je n’écris pas des punchlines.
Ce mot, conviction, revient très régulièrement en ce moment dans mes lectures. Alors, j’ai fini par prendre un carnet très récemment et j’ai écrit ces cinq phrases-là, celles que je m’autorise enfin à défendre. Une fois posées sur le quotidien de mes clientes ou sur le mien, on se retrouve avec : une plateforme d’emailing changée en espérant que les ouvertures remontent toutes seules, un rendez-vous commercial reporté pour un problème d’agenda qui n’en est pas vraiment un, une thérapeute avec quinze ans de cabinet qui retouche sa plaquette tarifaire pour la quatrième fois avant de l’envoyer, une balade écourtée par une culpabilité qui n’a jamais demandé la permission, un dossier de création d’entreprise repoussé de trois mois parce qu’on veut la version parfaite avant de le déposer.
Paulette a soufflé, presque fière : « Voilà. Enfin dit. »
Et je sais à quel point, ça peut être difficile de poser ses convictions. La semaine dernière j’ai animé un petit déjeuner réseau et j’ai demandé à chaque participante de se présenter en énonçant sa ou ses convictions. Je peux te dire que ça n’a pas été simple pour tout le monde. Mais… j’ai posé une graine qui va germer.

— La question qui a tout déclenché —
Comment savoir en quoi je crois vraiment dans mon activité ?
La question du lundi, cette semaine, c’est celle que je me suis posée en ouvrant mon carnet : si on me demandait, là, maintenant, ce en quoi je crois vraiment dans mon métier, est-ce que je saurais répondre en une phrase nette, ou est-ce que je partirais dans un paragraphe flou, poli, qui ne dérange jamais personne ?

— Ce que mes actes ont décidé avant moi —
Comment se forment vraiment nos convictions professionnelles ?
En 1966, deux psychologues sociaux, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois2, à Grenoble, commencent à documenter ce qu’ils appellent la théorie de l’engagement. Leur constat est un peu déstabilisant : le plus souvent, on ne choisit pas d’abord une conviction pour agir ensuite en accord avec elle. C’est l’inverse. On pose un acte, minuscule, presque anodin, et c’est cet acte qui recrute ensuite une croyance capable de le justifier. Le comportement précède la conviction. Pas l’inverse.
C’est ce qui se joue, très souvent, chez mes clientes : elles se lancent d’abord, un peu par nécessité, et la conviction vient consolider le choix après coup. Pour moi, c’est différent. La conviction était déjà là, patiemment construite depuis dix ans de terrain. Ce n’est pas le fait de la coucher sur le papier qui l’a fait naître. C’est elle qui est allée chercher, dans mes actes passés et présents, de quoi prouver que je défends chacune d’entre elles, encore et encore.

— Ce que je me raconte pour tenir debout —
Comment relier son parcours pour construire une conviction solide ?
Si, après avoir posé mes convictions, je suis allée chercher plus loin que le bout de mon nez, c’est parce que j’ai assisté à un atelier d’écriture narrative la semaine dernière. J’en ai fait des trucs la semaine dernière !
J’ai même lancé un podcast : Un jour… ce sera simple ! Le teaser est en ligne. Va y jeter un œil.
Bref… je m’égare ! Dans cet atelier, on s’est attelé à dresser le portrait d’un problème du quotidien, à le personnifier, à chercher ce qu’il nous fait faire, à prendre position et à lui faire face. Le mien, sans surprise, s’appelle Gérard ou le saboteur sournois.
C’est ce qui m’a donné envie d’aller plus loin que de simplement poser mes convictions dans mon carnet. J’ai eu envie de creuser et de voir comment dans mon quotidien, j’alimentais mes convictions ou pas ! Et j’ai trouvé des dizaines d’exemples. Après dix ans à entreprendre, je pense même que je vais en trouver des centaines.
Je n’ai pas commencé avec des dizaines de scènes séparées en cherchant ensuite ce qui les reliait : une naturopathe qui n’ose pas fermer son agenda le vendredi, un tarif augmenté enfin après trois ans d’hésitation, une lettre de présentation réécrite pour la sixième fois. J’ai commencé avec cinq convictions, et je suis allée chercher, dans dix ans d’expérience, de quoi leur donner corps, scène après scène. Le fil est venu avant les perles, pas après. Je ne raconte pas des dizaines d’histoires séparées. J’en raconte une seule, redite autant de fois qu’il le faudra.
Le philosophe français Paul Ricoeur3 a proposé, dans les années 1980, la notion d’identité narrative. Sa thèse : on ne possède pas une identité fixe, cachée quelque part en nous, qu’il suffirait un jour de découvrir. On la construit en racontant, encore et encore, une histoire cohérente à partir d’actes dispersés, parfois même contradictoires. Sans ce récit, on n’est qu’une suite d’épisodes sans lien entre eux.

— Ce que ça change, une fois qu’on les a dites tout haut —
Qu’est-ce que ça change concrètement d’avoir des convictions professionnelles claires ?
Hier soir, en relisant ces cinq phrases les unes après les autres, mes épaules se sont resserrées, presque malgré moi, en tombant sur celle que je redoutais le plus d’assumer publiquement. Une petite gêne, physique, avant même que la tête n’ait eu le temps de juger quoi que ce soit.
Paulette a bondi la première. « Tu vas quand même pas t’excuser d’avoir une conviction, si ? » Non, Paulette. Mais avoue que ça fait un choc de voir, écrit noir sur blanc, à quel point je le pense vraiment, et depuis combien de temps.
Gérard, plus posé pour une fois : « Et t’as peur de quoi, là, précisément ? » D’ennuyer. De radoter. Qu’on se dise : elle ne sait dire que ça. Et pourtant, en le relisant, ce n’est pas de la répétition que je vois. C’est une colonne vertébrale, celle que je cherchais sans le savoir depuis des mois, chaque fois que j’essayais de résumer mon positionnement en une phrase et que ça sonnait creux.
Et ce qui est drôle, c’est que j’ai décidé d’intégrer La Fabrique créé par , cette semaine. Nom de Zeus, que d’activité ! Sans plaisanter, le premier job qu’elle nous demande de faire, entre autres, (parce que je ne vais pas dévoiler le contenu de La Fabrique quand même) c’est de réfléchir aux idées qu’on choisit de défendre.
Je trouve que ma semaine était quand même très axée sur le sujet.

— Maintenant, la question qui te retourne le cerveau —
Et si le courage, ce n’était pas d’attendre d’avoir assez de preuves pour affirmer une conviction, mais de la poser d’abord, sans aucune preuve, et de laisser ta vie se charger de la confirmer ensuite ?

— 3 pistes concrètes à explorer cette semaine —
Par où commencer, là, cette semaine, si tu veux poser une conviction et la mettre à l’épreuve ?
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Nomme la valeur qui compte le plus pour toi dans ton activité (liberté, exigence, transmission…), et demande-toi ce qu’elle t’interdit de faire, très concrètement, cette semaine.
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Repasse ta semaine passée et retrouve, volontairement, trois moments qui lui donnent déjà raison, même discrets.
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Dis cette phrase à voix haute, une fois, dans un vrai échange avec une cliente ou un pair, et regarde ce que ça change dans la conversation.
Voilà pour aujourd’hui. On se retrouve la semaine prochaine.
Je lis tout, je réponds à tout.
Prends soin de toi, ton business suivra.
Un jour ce sera simple.
Séverine
Psiiit. Si tu as envie de creuser encore ce sujet des convictions, avec quelqu’un en face pour t’aider à les poser sans te perdre en route, c’est un peu ce qu’on fait, doucement, dans CAP Entrepreneur. Je suis là pour ça.
Illustrations Salomette Studio
Sources
Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, entrée « conviction ».
Joule, R.-V. & Beauvois, J.-L., théorie de l’engagement, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens.
Ricoeur, P., identité narrative, Soi-même comme un autre, 1990.
