Ce que tu vas comprendre cette semaine dans cette édition :
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Pourquoi je suis repartie épuisée et pleine d’énergie en même temps ?
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Pourquoi ton cerveau ne met jamais l’effort et la récompense sur la même balance ?
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Pourquoi une activité choisie fatigue différemment d’une activité imposée ?
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Comment cartographier ce qui te donne de l’énergie et ce qui te la prend ?
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Et si ce n’était jamais l’effort, le vrai problème ?
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Par où commencer pour dresser ta carte cette semaine ?
Hello,
Nous avons passé la barre de 90 abonnés et ça me met en joie. C’est une croissance lente à l’image de ce que je construit ici. Alors merci à chacun.e d’entre vous.
Mardi dernier, j’ai animé un atelier pour l’association Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique. Sujet : comment utiliser Claude de manière raisonnée. Comment garder sa souveraineté. Comment faire de cette IA un sparring partner, quelqu’un qui te pousse dans tes retranchements et te ressemble un peu, plutôt qu’un truc qui, en plus de ne pas te connaître, va te raconter n’importe quoi avec beaucoup d’assurance.
J’ai donné tout ce que j’avais. Des heures debout, la voix qui commence à gratter en fin de matinée, cette générosité un peu excessive que je connais bien chez moi : je ne garde jamais rien sous le coude.
J’ai enchaîné avec un déjeuner Networking, un rendez-vous client et un réunion de la commission bien-être de Mauves Entreprendre, l’association des entreprises de ma commune pour organiser le prochain salon du bien-être.
Le soir, j’étais lessivée.
Et j’étais en joie.
Pas malgré la fatigue. Avec elle. Les deux tenaient dans le même corps, au même moment, sans se disputer la place.
Tu vois cette copine qui rentre d’un déménagement, les bras en compote, les cheveux collés, et qui te raconte sa journée avec des étoiles dans les yeux ? Elle a porté des cartons pendant huit heures. Elle devrait être vidée. Elle est vivante.
Bon. Il y a deux ans, ça ne se serait pas passé comme ça.
Je pense à une formation que j’ai donnée, avant de virer complètement vers le mentorat, pour une structure qui m’avait imposé le contenu, le format, jusqu’au déroulé minute par minute. Techniquement, moins d’heures que mardi. Moins de monde dans la salle. Et pourtant, en sortant, j’étais à plat. Pas fatiguée : vidée, au sens propre, comme si quelque chose avait coulé de moi sans rien laisser en échange.
Même mot, « fatigue ». Deux expériences qui n’ont rien à voir.

— La question de la semaine —
Pourquoi je suis repartie épuisée et pleine d’énergie en même temps ?
Est-ce que tu as remarqué, toi aussi, qu’il y a des fatigues qui te vident et des fatigues qui te remplissent ? Et que tu ne les avais peut-être jamais distinguées, avant qu’on te pose la question ?

— Ce que la science dit là-dessus —
Pourquoi ton cerveau ne met jamais l’effort et la récompense sur la même balance ?
Pendant longtemps, les chercheurs ont supposé que le cerveau tenait une seule comptabilité : d’un côté ce qu’une action coûte, de l’autre ce qu’elle rapporte, et une soustraction à la fin qui donne le solde. Fatigue – joie égale = résultat net.
Sauf que.
Les travaux de l’équipe de Mathias Pessiglione à l’Institut du Cerveau, à Paris, montrent que ce n’est pas comme ça que ça marche1. L’effort et la récompense sont traités par deux réseaux distincts. Le réseau de l’effort, porté notamment par la noradrénaline, évalue le coût : ce que l’action va demander, en énergie, en concentration, en résistance à la fatigue. Le réseau de la récompense, lui, porté par la dopamine, évalue ce que l’action rapporte, indépendamment du prix à payer pour l’obtenir.
Deux circuits. Deux monnaies différentes. Et ton cerveau ne les convertit pas automatiquement l’une dans l’autre.
Gérard s’agace. « Donc ton corps te dit deux choses contradictoires en même temps, et il ne fait rien pour les réconcilier ? » Exactement, Gérard. Il ne les réconcilie pas parce qu’il n’a jamais eu à le faire. Les deux jauges existent côte à côte, chacune avec sa propre lecture.
C’est ce qui s’est passé mardi. La jauge d’effort était au maximum : l’atelier du matin, le déjeuner networking, le rendez-vous client, la réunion de la commission bien-être enchaînés sans vraie pause, une générosité de contenu que je n’ai jamais su doser, la voix qui a fini par lâcher un peu sur les derniers mots. La jauge de récompense, elle, était pleine aussi. Ces femmes qui repartaient avec un prompt qu’elles avaient écrit elles-mêmes, la fierté sur certains visages, une question posée à la fin qui montrait qu’on avait vraiment bougé quelque chose, le nom du salon trouvé. Les deux jauges au maximum, en même temps, sans qu’aucune ne mange l’autre.
Alors que dans la formation imposée, dont je te parlais plus haut, la jauge d’effort était modérée. Et la jauge de récompense, presque à zéro. Rien à en tirer, ni pour moi ni, je crois, pour les gens en face. Le solde n’était pas neutre. Il était négatif des deux côtés.

— Ce que la psychologie dit là-dessus —
Pourquoi une activité choisie fatigue différemment d’une activité imposée ?
Reste une question. Pourquoi la récompense était-elle pleine mardi, et vide dans l’autre souvenir ?
La théorie de l’autodétermination, développée par Edward Deci et Richard Ryan, et largement reprise en français par le chercheur québécois Jacques Forest, distingue deux grandes familles de motivation2. La motivation autonome, celle qui vient du plaisir pris à l’action elle-même ou du sens qu’on lui donne. Et la motivation contrôlée, celle qui répond à une pression, externe ou intériorisée : il faut, je dois, on attend ça de moi !
Ce que Forest montre, dans ses travaux sur la motivation au travail : la motivation autonome nourrit, quel que soit le niveau d’effort demandé. La motivation contrôlée, elle, épuise, même quand l’effort objectif est faible. Ce n’est pas la charge qui décide de l’issue. C’est la nature du fil qui te tire.
Mardi, j’avais choisi le sujet, la manière de le raconter, l’ordre des exercices, jusqu’aux exemples que je donnais. Personne ne m’avait dit quoi dire. C’était entièrement mien, du début à la fin. Motivation autonome, dans toute sa splendeur.
Dans la formation imposée, chaque minute était écrite par quelqu’un d’autre. Je n’étais pas dans mon propos : j’exécutais le sien. Motivation contrôlée, jusque dans les silences prévus au déroulé.
Paulette bondit. « Attends, alors ça veut dire que je peux avoir une journée hyper light, avec deux rendez-vous seulement, et être quand même sur les rotules le soir ? » Oui, Paulette. Si ces deux rendez-vous, tu ne les as pas vraiment choisis, ou si tu les as acceptés pour de mauvaises raisons, la fatigue contrôlée fait plus de dégâts qu’une journée pleine, mais entièrement tienne.

— Ce que ça change en vrai —
Comment cartographier ce qui te donne de l’énergie et ce qui te la prend ?
Ce que je viens de comprendre à propos de mardi, je le savais déjà, en fait, sans l’avoir jamais posé noir sur blanc. Animer un atelier ou une formation, c’est ce qui me coûte le plus cher en énergie. Et c’est, presque toujours, ce qui m’en redonne le plus.
Ce n’est pas un hasard heureux. C’est parce que dans une salle, devant des humains, je choisis tout : le contenu, le ton, jusqu’où je vais dans une explication, quand je prends du temps pour expliquer à nouveau, quand je m’arrête pour laisser respirer. Autonomie maximale. Effort maximal. Et une récompense qui suit, presque proportionnellement.
Ce qui me vide, en revanche, ce ne sont pas les tâches lourdes. Ce sont les tâches qu’on m’impose, ou que je m’impose sans les avoir vraiment choisies. Une réunion où je n’ai rien à dire mais où je dois être là. Un format de contenu que je me force à produire parce que « c’est ce qui marche », sans qu’il me ressemble.
Gérard croise les bras. « Donc en gros, tu peux bosser dix heures et repartir chargée, ou bosser deux heures et repartir cassée. » Oui, Gérard. Et personne ne me l’a jamais dit comme ça, avant que je le vive dans mon propre corps, vendredi soir.
C’est souvent là, chez mes clientes, que le vrai travail sur l’offre commence. Pas en cherchant à faire moins. En regardant, activité par activité, laquelle nourrit et laquelle vide, pour garder les premières, et changer la manière de porter les secondes.

— Maintenant, la question qui te retourne le cerveau —
Et si ce n’était jamais l’effort, le vrai problème ?
Tu crois peut-être, comme moi pendant longtemps, qu’il faut alléger ta charge pour retrouver de l’énergie. Et si le problème n’avait jamais été la charge, mais tout ce que tu fais sans jamais l’avoir vraiment choisi ?

— 3 pistes concrètes à explorer cette semaine —
Par où commencer pour dresser ta carte cette semaine ?
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Reprends ton agenda des deux dernières semaines et entoure les moments où tu es repartie fatiguée mais contente. Regarde ce qu’ils ont en commun.
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Fais la même chose avec les moments où tu es repartie vidée, même sans effort particulier. Demande-toi qui avait choisi ce que tu faisais, à ce moment-là.
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Prends une activité récurrente et pose-toi une seule question : si je pouvais la refaire à ma manière, qu’est-ce que je changerais en premier ?
Ce qui résonne pour toi résonne souvent pour quelqu’un d’autre. Tu sais à qui l’envoyer.
A la semaine prochaine.
Un jour ce sera simple.
Séverine
Psiiit. Si toi aussi tu as une activité qui t’épuise sans jamais te remplir, ou l’inverse, raconte-moi laquelle. Ça compte, de l’écrire à quelqu’un.
Illustrations Salomette Studio
Institut du Cerveau (Sorbonne Université, Inserm, CNRS), équipe Motivation, Cerveau et Comportement dirigée par Mathias Pessiglione. « Vous connaissiez le circuit cérébral de la récompense ? Voici celui de l’effort. » Travaux sur la dissociation des circuits dopaminergique (récompense) et noradrénergique (effort), 2021.
Deci, E. L. & Ryan, R. M., théorie de l’autodétermination. Forest, J. & Mageau, G. A. (2008). « La motivation au travail selon la théorie de l’autodétermination. » Psychologie Québec, 25, 33-36.
