En bref — ce que tu vas trouver dans cet article
- La dimension existentielle est le quatrième facteur de l’approche factorielle. Elle désigne la façon dont une personne se rapporte à son identité, au sens de ce qu’elle fait, et à sa capacité à s’affirmer.
- Trois perturbations principales : le vide existentiel (Frankl), l’estime de soi fragilisée, et l’assertivité défaillante. Chacune a ses signaux cliniques spécifiques.
- Ne pas confondre estime de soi (valeur fondamentale en tant qu’être) et confiance en soi (capacité dans un domaine) : deux chantiers distincts qui ne se traitent pas de la même façon.
- La neuroplasticité rend ces représentations identitaires modifiables : le « soi narrant » (Gazzaniga) se réécrit depuis le corps, pas uniquement depuis la raison.
• Outils clés : sophro-mnésies, Sophro-Projection Future (SPF), clarification des valeurs par le corps, futurisations identitaires.
Série — L’approche factorielle en sophrologie |
Introduction — L’approche factorielle en sophrologie : Lire chaque client pour choisir le bon levier : une méthodologie ancrée dans la sophrologie Article 1 — La dimension corporelle en sophrologie : Quand réancrer le corps change tout à l’accompagnement >>>>> Article 4 — La dimension existentielle en sophrologie : Identité, sens et assertivité – travailler le facteur existentiel avec la sophrologie Conclusion — L’approche factorielle en sophrologie : Ce que ça change concrètement dans ta pratique |
La dimension existentielle est le quatrième facteur de l’approche factorielle en sophrologie. Elle désigne la façon dont une personne se rapporte à son identité, au sens de ce qu’elle fait, et à sa capacité à s’affirmer dans ses relations. Quand ce facteur est fragilisé, même un accompagnement corporel et cognitif bien mené peut stagner, parce que la question fondamentale reste sans réponse : qui suis-je ? Est-ce que ce que je fais mérite que je m’y engage vraiment ?
Les trois articles précédents ont exploré comment le corps se déconnecte, comment le mental sabote, comment les émotions se court-circuitent. Celui-ci arrive en dernier, non pas parce que la dimension existentielle serait moins importante, mais parce qu’elle est souvent la plus profonde à toucher. Et parce qu’elle demande, pour être explorée sans déstabiliser, un ancrage solide dans les trois premières.
Éli, quarante-deux ans, sophrologue installée depuis trois ans. Cabinet qui tourne, retours enthousiastes, bouche-à-oreille qui fonctionne. Et pourtant. « Je ne sais plus pourquoi je le fais. J’ai l’impression de répéter des gestes sans y être vraiment. »
Cette phrase-là, dans ce contexte-là, c’est le signal d’entrée dans la dimension existentielle.
Dans l’approche factorielle, la dimension existentielle recouvre trois piliers interdépendants.
- L’estime de soi, est-ce que je me sens légitime à exister et à prendre ma place ?
- La confiance en soi : est-ce que je me sens capable de faire ce que j’ai à faire ?
- Et l’assertivité : est-ce que je suis capable de m’affirmer sans agressivité ni effacement ?
Ces quatre trois ne fonctionnent pas en silos. Ils s’alimentent et se perturbent mutuellement.
Ils construisent le sens : est-ce que ce que je fais m’appartient vraiment ?
Avant de parler d’outils, il faut apprendre à lire les signaux. Parce que ce facteur, plus que les autres, se déguise. Il se cache derrière une fatigue inexpliquée, un perfectionnisme tenace, une générosité excessive qui épuise. On peut passer des mois à travailler le corps ou le cognitif d’un client sans jamais toucher ce qui l’empêche vraiment d’avancer.
Le vide existentiel : quand le sens s’est dilué
Viktor Frankl, psychiatre autrichien survivant des camps de concentration, a construit toute une théorie : la logothérapie, autour d’une observation simple et vertigineuse : l’être humain peut traverser à peu près n’importe quelle condition extérieure s’il a un sens à donner à ce qu’il vit. Et il peut s’effondrer dans le confort le plus total s’il n’en a pas.
Il a nommé « frustration existentielle » cet état particulier où le client occupé, parfois même performant, ne se sent pas nourri par ce qu’il fait. Ce n’est pas une dépression clinique, même si les deux peuvent coexister. C’est une question de sens qui n’a pas encore trouvé de réponse.
En cabinet, ce profil se reconnaît. C’est le sophrologue qui enchaîne les formations sans jamais se sentir prêt·e. La personne qui donne beaucoup aux autres et ne sait plus très bien ce qu’elle veut, elle. Celle qui réussit, et reste insatisfaite. Le sens s’est dilué quelque part entre les obligations, les attentes et les rôles qu’elle joue depuis longtemps.
L’estime de soi fragilisée : ne pas confondre avec le manque de confiance
C’est peut-être l’erreur la plus fréquente dans l’accompagnement de ce facteur, et elle a des conséquences pratiques importantes. Alors autant la clarifier tout de suite.
L’estime de soi, c’est la valeur que l’on se reconnaît en tant qu’être humain, indépendamment de ce que l’on fait, de ce que l’on réussit ou de ce que les autres pensent. C’est le sentiment fondamental d’être légitime à exister, à prendre de la place, à mériter l’attention et le respect.
La confiance en soi, elle, concerne la capacité, ce qu’on peut faire dans un domaine précis. Elle se construit dans l’accumulation des réussites et des expériences menées à bien.
On peut avoir une bonne confiance technique et une estime de soi profondément fragilisée. C’est même un profil très fréquent en cabinet, le client compétent, reconnu dans son domaine, que les succès ne comblent jamais vraiment. Si tu travailles sa confiance en lui proposant des visualisations de réussite, tu construis sur un sol instable. Le problème n’est pas là.
Quand l’estime de soi est fragilisée, on observe des signaux bien spécifiques en séance : les compliments glissent, la personne les minimise ou les retourne. Les réussites ne s’accumulent pas, elles sont immédiatement ramenées à la chance ou aux circonstances. Et le sentiment de ne pas être « assez » revient à chaque nouvelle étape, quelle que soit la précédente.
Point neurosciences — Le soi narrant et l’identité
Michael Gazzaniga, neuroscientifique américain, a mis en évidence ce qu’il appelle l’« interprète » : un mécanisme cérébral dont le rôle est de construire en permanence un récit cohérent de qui nous sommes. Ce narrateur intérieur ne décrit pas la réalité, il la crée en partie. Les histoires qu’une personne se raconte sur elle-même (« je ne suis pas à la hauteur », « je mérite d’être ici ») activent des réseaux neuraux qui renforcent ce qu’elles affirment. Travailler l’estime de soi en sophrologie, c’est aussi réécrire ce récit, de l’intérieur, depuis le corps.
Antonio Damasio distingue trois niveaux du soi : le proto-self (l’image du corps à un instant donné), le core self (le sentiment continu d’exister), et l’autobiographical self (l’identité narrative construite dans le temps). La sophrologie agit sur ces trois niveaux simultanément : par le corps, par la présence au moment, et par les sophro-mnésies et futurisations. C’est cette action multi-niveaux qui explique pourquoi son impact sur l’identité est souvent plus durable que des approches purement cognitives.
L’assertivité défaillante : quand s’affirmer devient impossible
L’assertivité, c’est la capacité à s’affirmer sans agressivité et sans soumission. À dire ce qu’on pense, à poser des limites, à exprimer ses besoins. Ce n’est pas une technique de communication. C’est l’expression visible d’une identité suffisamment ancrée pour occuper sa place dans la relation sans écraser l’autre ni s’effacer devant lui.
Quand elle fait défaut, on observe deux patterns très reconnaissables. Le silence : on ne dit pas, on avale, on acquiesce alors qu’on n’est pas d’accord. Ou l’explosion : les choses s’accumulent jusqu’à ce que ça déborde de façon disproportionnée. Ni l’un ni l’autre n’est une communication réelle. Les deux épuisent.
Chez les sophrologues en installation, et plus largement chez les professionnels de la relation d’aide, ce pattern est particulièrement fréquent. Il y a souvent une confusion entre bienveillance et effacement, entre accompagnement et sacrifice de soi. On n’ose pas dire non à une demande de réduction tarifaire. On accepte des horaires qui ne conviennent pas. On donne plus que ce qui est prévu parce qu’on n’arrive pas à conclure la séance. Ce n’est pas de la générosité. C’est de l’épuisement à venir.
« Savoir qui tu es, c’est savoir où tu t’arrêtes et où l’autre commence. C’est la condition de toute relation saine, et de toute pratique professionnelle durable. »
Ce que cette série a montré au fil des articles, c’est la même chose sous trois angles différents : l’importance de lire finement ce que vit vraiment la personne en face. Pour le facteur existentiel, cette lecture demande d’aller au-delà des mots. Un client qui dit « je suis fatigué » peut porter un vide de sens. Un client qui dit « je ne suis pas assez bon » n’a peut-être pas besoin d’un travail sur sa confiance technique, mais sur son estime de soi fondamentale. La précision de la compréhension change tout ce qui suit.
Question de réflexion pour toi maintenant
Pense à un client dont tu sens que l’accompagnement stagne, malgré une pratique bien conduite.
Est-ce qu’il se sent légitime à prendre la place qu’il prend ? Est-ce qu’il arrive à dire non quand c’est nécessaire ? Est-ce que ce qu’il fait lui appartient vraiment, ou est-ce qu’il joue un rôle ?
Et pour toi : si tu devais décrire qui tu es, pas ce que tu fais, pas ce que tu as appris, mais qui tu es, qu’est-ce qui viendrait en premier ?
Les outils du travail existentiel
Comme pour les facteurs précédents, le travail sur la dimension existentielle ne commence pas par des outils. Il commence par une posture. Une qualité d’écoute qui entend ce qui est dit, ce qui ne l’est pas, et ce que le corps communique en silence. Ensuite seulement, les outils prennent leur sens.
Les sophro-mnésies : remonter aux sources de soi
La mémoire ne stocke pas seulement les événements difficiles. Elle garde aussi les moments de pleine présence, de joie simple, de confiance naturelle. Ces souvenirs sont là, quelque part, mais ils ont souvent été recouverts par des expériences plus récentes ou plus marquantes. Les sophro-mnésies permettent d’y accéder.
Concrètement, tu guides la conscience de ton client vers un souvenir positif : une époque où il se sentait ancré, capable, en accord avec lui-même, et tu l’invites à le revivre de l’intérieur, avec une richesse sensorielle réelle. Pas se souvenir de façon froide et intellectuelle : ressentir à nouveau, dans le corps, ce que c’était d’être cette personne-là, dans ce moment-là.
Ce travail fait quelque chose de précis sur le plan neurobiologique : il réactive des réseaux qui avaient été mis en veille. Il rappelle au système nerveux qu’il y a eu, qu’il y a encore, des ressources disponibles. Et il crée un point d’appui réel, pas imaginaire, pour reconstruire une estime de soi plus stable. Il rappelle, que nous avons réussi, avons été capable à un moment ou un autre, dans un domaine ou un autre. La différence avec une affirmation positive répétée est fondamentale : on ne convainc pas le système nerveux par les mots. On le reconfigure par l’expérience.
« J’ai un client qui avait du mal à se sentir légitime comme manager. Après plusieurs séances de sophro-mnésies sur une période de sa vie où il portait naturellement un groupe, une équipe sportive d’adolescents, quelque chose a changé dans sa posture. Pas dans ce qu’il savait faire. Dans ce qu’il croyait être possible pour lui. »
La Sophro-Projection Future : se projeter dans qui l’on devient
La SPF, dans le travail sur le facteur existentiel, se distingue de son usage sur le facteur cognitif par sa cible. Quand on l’utilise pour le cognitif, on travaille à un niveau de compétence : se visualiser en train de réaliser une action avec précision. Quand on l’utilise pour l’existentiel, on travaille au niveau identitaire : se projeter dans qui on est quand on est pleinement soi-même.
La nuance est importante. « Je me vois en train de présenter mon offre » (cognitif) et « je me vois être quelqu’un qui prend sa place naturellement dans la relation » (existentiel) ne mobilisent pas les mêmes circuits. La seconde demande plus de travail préparatoire, les sophro-mnésies servent souvent de fondation avant d’y accéder.
Pour l’assertivité, la SPF est particulièrement puissante. Avant de pouvoir s’affirmer dans une situation réelle, le corps et le mental ont besoin d’avoir déjà « vécu » cette expérience, même en image. Se visualiser en train de dire non avec douceur et fermeté. De défendre un tarif sans s’excuser. D’exprimer un désaccord sans perdre le lien. Ces répétitions mentales incarnées construisent, séance après séance, de nouveaux réseaux de référence.
La clarification des valeurs par le corps
On parle beaucoup de valeurs dans le développement personnel. Parfois jusqu’à la saturation. Et pourtant, c’est l’un des travaux les plus structurants que l’on puisse faire sur la dimension existentielle. À condition de ne pas le faire de façon abstraite.
En sophrologie, les valeurs ne sont pas des concepts à lister. Ce sont des expériences corporelles. Quand un client est en accord avec une valeur fondamentale, le corps le signale : quelque chose s’ouvre, se stabilise, s’ancre. Quand il agit contre ses valeurs, le corps le signale aussi : une tension subtile, un malaise diffus, une fatigue inexpliquée. Lui apprendre à reconnaître ces signaux, c’est lui donner une boussole intérieure infiniment plus fiable que les injonctions extérieures.
Exercice : les valeurs par le corps
En état de conscience sophronique, invite ton client à imaginer qu’il vit une journée parfaitement alignée avec qui il est vraiment. Pas une journée parfaite au sens « tout réussit », une journée où il se sent pleinement lui-même.
Puis explore avec lui : qu’est-ce qu’il fait ? Comment interagit-il avec les autres ? Qu’est-ce qui compte dans cette journée, pas ce qui impressionne, mais ce qui nourrit ? Invite ensuite une phénodescription de ce que ça fait dans le corps d’imaginer cette journée.
Les valeurs les plus profondes ne s’énoncent pas d’abord avec des mots. Elles se sentent. Et c’est souvent cette phénodescription-là qui réoriente durablement une installation professionnelle.
Vers une identité professionnelle ancrée
La transformation que produit le travail sur la dimension existentielle ne se mesure pas à une liste de changements observables. Elle se mesure à un déplacement du rapport à soi-même. D’une identité fragile, dépendante de l’extérieur, vers une identité plus stable, enracinée dans une connaissance intime de ce qui compte vraiment.
La congruence rogérienne : être la même personne partout
Carl Rogers a posé un principe exigeant : la congruence. Être aligné entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ne pas jouer un rôle. Ne pas performer une version de soi-même que l’on croit attendue. Être simplement, pleinement, soi.
Pour un sophrologue, cette congruence n’est pas optionnelle. Dans l’article sur la dimension corporelle, on a vu que les neurones miroirs transmettent la qualité de présence du praticien. Dans l’article sur le cognitif, on a vu comment le locus d’évaluation interne se construit. Ici, on touche à la couche la plus profonde : la façon dont on communique, les tarifs que l’on pratique, les clients que l’on choisit d’accompagner, la posture que l’on adopte en réseau, tout cela devrait être une expression de qui on est, pas une copie de ce que d’autres font.
C’est ce qui rend une installation professionnelle durable. Et c’est ce qui évite l’épuisement de devoir maintenir une façade qui ne ressemble pas.
L’éthique comme expression de l’identité
Il y a une façon de vivre l’éthique professionnelle qui est contraignante, un ensemble de règles imposées de l’extérieur qu’on respecte pour éviter les problèmes. Et il y a une façon de la vivre qui est libératrice : l’éthique comme expression directe de ses valeurs les plus profondes.
Un sophrologue dont l’identité est ancrée, qui sait ce qui compte pour lui, qui s’estime suffisamment pour ne pas avoir besoin de plaire à tout prix, qui en confiance en ses capacités, celui-là n’a pas besoin de consulter un code déontologique pour savoir quand une situation sort de son cadre de compétence. Il le sait parce qu’il se connaît. L’éthique vécue de l’intérieur, c’est la résultante naturelle d’une identité professionnelle construite sur des fondations solides.
Ce que ça change pour le praticien
J’observe depuis dix ans dans l’accompagnement d’entrepreneur.es : ceux qui abandonnent ne manquent presque jamais de compétences techniques. Ils manquent d’identité professionnelle stabilisée. Ils n’ont pas encore trouvé leur cap, pas parce qu’il n’existe pas, mais parce qu’ils n’ont pas encore passé suffisamment de temps à se demander qui ils sont, ce qui les anime vraiment, ce pour quoi ils veulent se lever le matin.
Le paradoxe magnifique de la sophrologie, c’est qu’en travaillant sur toi-même, tu deviens simultanément une meilleure praticienne et une meilleure entrepreneuse. Parce que ce que tu transmets à tes clients, stabilité, ancrage, présence, confiance, ne peut venir que de là où tu en es, toi.
On ne peut pas accompagner quelqu’un là où on n’est pas allé soi-même.
La supervision et l’analyse de pratique existent précisément pour ça. Pas comme obligation déontologique. Comme outil de développement de ta propre dimension existentielle.
« L’installation professionnelle la plus solide que tu puisses bâtir, c’est celle qui repose sur la connaissance profonde de qui tu es, pas sur les dernières tendances marketing ni sur la peur de ne pas être assez. »
Le cap entrepreneurial
Si je devais nommer la question qui freine le plus les sophrologues dans leur installation professionnelle, ce ne serait pas « comment trouver des clients ». Ce serait : « qui suis-je quand je suis pleinement moi-même ? ».
Clarifier ses valeurs. Reconstruire une estime de soi qui ne dépend pas du nombre de clients. Développer une confiance en soi ancrée dans des expériences réelles. Apprendre à s’affirmer sans perdre la douceur au cœur du métier. Ce sont des chantiers de fond, lents, exigeants, profondément transformateurs. Et il n’y a pas de raccourci qui tienne.
Un cap bien défini ne garantit pas une navigation sans houle. Mais il garantit qu’on sait pourquoi on navigue. Et quand la tempête arrive, parce qu’elle arrive toujours, on ne confond pas le mauvais temps avec une mauvaise destination.
Comprendre la dimension existentielle, c’est déjà beaucoup. Mais identifier un facteur existentiel fragilisé, repérer le vide de sens, l’estime de soi qui vacille, l’assertivité qui s’étiole, ne suffit pas à le transformer. Encore faut-il savoir comment créer, pas à pas, les conditions d’une identité plus stable. L’approche factorielle s’appuie pour cela sur une méthodologie spécifique à la dimension existentielle, une progression pensée pour aller de l’observation du terrain identitaire jusqu’à l’installation durable de nouvelles représentations de soi. Je détaillerai cette méthodologie dans une prochaine série d’articles.
« Et si la question la plus stratégique que tu puisses te poser pour ton installation professionnelle n’était pas « comment trouver des clients » mais « qui suis-je quand je suis pleinement moi-même ? » »
FAQ : Pour accompagner tes clients
Les questions que se posent vraiment les personnes en questionnement de sens, d’identité ou d’affirmation de soi
J’ai l’impression que ma vie va bien mais je me sens vide. C’est normal ?
Plus que tu ne le crois. C’est ce que Viktor Frankl appelait la frustration existentielle, ce sentiment que ce qu’on fait ne nourrit pas ce qu’on est, même quand tout va bien objectivement. Ce n’est pas de la dépression, pas de l’ingratitude. C’est une question de sens qui n’a pas encore trouvé de réponse. Et cette question mérite d’être accueillie, pas étouffée.
Je me sens illégitime dans tout ce que je fais. Même quand ça marche. C’est quoi ce truc ?
C’est ce qu’on appelle une estime de soi fragilisée. Ce n’est pas la même chose que le manque de confiance, qui concerne tes capacités dans un domaine précis. L’estime de soi, c’est la valeur fondamentale en tant qu’être humain, indépendamment de ce qu’on réussis. Quand elle est fragilisée, aucun succès ne comble vraiment. Pas parce que le client ou toi, êtes cassé·es. Parce que le travail à faire n’est pas sur la performance, il est sur le sentiment fondamental d’avoir le droit d’exister et de prendre de la place.
Pourquoi j’ai du mal à dire non alors que je sais très bien ce que je veux ?
Savoir ce qu’on veut et être capable de l’exprimer, c’est deux choses différentes. L’assertivité, la capacité à s’affirmer sans agressivité ni soumission, ne se construit pas dans la tête. Elle se construit dans le corps. Si le corps a appris, pour des raisons qui lui appartiennent, que s’affirmer est dangereux ou égoïste, alors même quand le mental est clair, le corps freine. Le travail est là.
Depuis ma séparation (ou mon licenciement, ou mon deuil), je ne sais plus trop qui je suis. C’est passager ?
Ce sentiment est réel et normal. Les grands événements de vie, séparation, deuil, perte d’emploi, ébranlent l’identité parce qu’une partie de qui tu étais était liée à ce que tu as perdu. Ce n’est pas passager dans le sens « ça passera tout seul ». C’est une traversée qui demande du temps et souvent un accompagnement. Mais c’est aussi une invitation à découvrir qui sommes-nous en dehors de ce qui s’est effondré. Parfois les crises d’identité sont des reconstructions déguisées.
Est-ce que la sophrologie peut vraiment m’aider à trouver le sens de ma vie ?
La sophrologie ne donne pas de sens à ta place. Personne ne peut faire ça. Mais elle crée les conditions pour accèder à ce qui compte vraiment pour soi, sous le bruit des injonctions, des attentes des autres, des rôles joués depuis longtemps. La clarification des valeurs par le corps, les sophronisations sur ce qui nourrit vraiment, ce sont des outils qui permettent d’entendre sa propre voix plus clairement. Ce que nous faisons de ce que nous entendons, c’est à nous.
J’ai l’impression de me perdre dans mes relations. Je donne tout et il ne reste rien pour moi. La sophrologie peut m’aider ?
Oui. Cela touche à l’assertivité et à l’estime de soi en même temps. Quand on ne se sent pas suffisamment légitime à avoir des besoins, on compense souvent en donnant beaucoup, c’est une façon de mériter sa place. La sophrologie peut aider à recontacter ce sentiment fondamental d’être légitime à exister, à prendre de la place, à avoir des besoins qui comptent. Et à trouver dans le corps la stabilité qui permet de dire non sans que le monde s’effondre.
J’ai l’impression d’avoir toujours joué un rôle. Je ne sais plus qui je suis « vraiment ». Par où commencer ?
Par le corps. Pas par la tête. La question « qui suis-je vraiment ? » traitée uniquement de façon intellectuelle tourne en rond. Ce que la sophrologie propose, c’est de passer par une autre porte : qu’est-ce qui, dans le corps, se détend quand on est pleinement soi-même ? Qu’est-ce qui se contracte quand on joue un rôle ? Apprendre à lire ces signaux, c’est développer une boussole intérieure bien plus fiable que toutes les réflexions que nous pouvons faire seul·e.
Questions fréquentes : Comment identifier et travailler la dimension existentielle avec mes clients
Comment je repère qu’un client a besoin de travailler la dimension existentielle ?
Il y a des signaux récurrents. Un sentiment de vide malgré une vie « correcte ». Une difficulté à se sentir légitime, même après des succès. Une incapacité à dire non, à poser des limites, à s’affirmer sans culpabilité. Ou encore cette question tenace de « qui suis-je vraiment ? » qui revient sous différentes formes. Ce qui caractérise ce profil, c’est souvent l’absence de réponse simple, le client ne souffre pas d’un événement précis, mais d’un flottement identitaire diffus.
Par quoi je commence quand je suspècte que c’est la dimension existentielle qui est en jeu ?
Commence par l’évaluation. Pose des questions ouvertes sur le sens, qu’est-ce qui nourrit vraiment ton client dans sa vie ? et observe sa réponse corporelle autant que verbale. Une hésitation, un regard qui se perd, un sourire triste : le corps dit beaucoup. Ensuite, la sophro-mnésie est souvent un bon premier outil : elle permet de créer un point d’appui réel avant d’aller explorer des zones plus fragiles.
Quelle est la différence concrète dans la façon de travailler l’estime de soi vs la confiance en soi ?
Je répondrais à cette question, dans la prochaine série d’article consacrée à la méthodologie de l’approche factorielle.
Comment j’utilise la SPF avec un client en pleine crise de sens ?
Prudemment, et pas trop tôt. La SPF demande que le client ait déjà un minimum d’ancrage. Si la crise est très aiguë, commence par travailler la stabilisation, la sécurisation. Quand ton client a retrouvé un peu de stabilité, la SPF peut l’aider à explorer qui il veut être, pas juste ce qu’il veut faire. La différence est importante : « je me vois reprendre un travail » vs « je me vois être quelqu’un qui se lève le matin avec envie ».
Combien de séances faut-il pour travailler la dimension existentielle ?
C’est un travail de fond, pas un protocole en cinq séances. L’estime de soi se construit dans la durée, des recherches sur l’attachement le montrent clairement. Ce que tu peux faire en accompagnement court, c’est créer des points d’appui, réactiver des ressources, initier un mouvement. Le travail de fond, lui, demande du temps, de la régularité, et souvent une combinaison avec d’autres formes d’accompagnement (psychothérapie, supervision, groupe de pairs).
Est-ce que je peux travailler la dimension existentielle avec des clients qui ne sont pas dans un parcours de développement personnel ?
Oui, et c’est même souvent là que c’est le plus utile. Un client qui vient pour un burn-out ou une séparation n’a pas forcément envie d’entendre parler de « quête de sens ». Mais si tu proposes une sophronisation sur « ce qui te nourrit vraiment » ou « un souvenir où tu te sentais pleinement toi-même », tu travailles la dimension existentielle sans l’appeler par son nom. Le fond est le même. L’habillage s’adapte.
Comment je travaille mon propre rapport à la dimension existentielle pour mieux accompagner mes clients ?
C’est la question la plus importante, et la moins posée. La réponse courte : fais pour toi ce que tu proposes à tes clients. Sophronise-toi sur tes ressources passées, clarifie tes valeurs par le corps, travaille ton assertivité dans les situations où elle te manque. Et dans un cadre de supervision ou d’analyse de pratique, permets-toi d’explorer comment ta propre histoire existentielle influence ton accompagnement. Pas pour t’en débarrasser, pour en faire un outil.
Pour aller plus loin
Bowlby, J. (1969). Attachment and loss : Vol. 1. Attachment. New York, NY : Basic Books.
Cassini, N. (2010). La sophrologie. Paris : Eyrolles.
Damasio, A. R. (1999). Le sentiment même de soi. Paris : Odile Jacob.
Frankl, V. E. (1946). Découvrir un sens à sa vie. Paris : InterEditions.
Gazzaniga, M. S. (2011). Qui est aux commandes ? Libre arbitre et science du cerveau. Paris : Odile Jacob.
Rogers, C. R. (1961). Le développement de la personne. Paris : Dunod.
Maslow, A. H. (1954). Motivation et personnalité. Paris : Eyrolles.
Je suis, Séverine Roussel sophrologue, spécialisée en santé mentale et émotionnelle, avec plus de dix ans de pratique et de formation de sophrologues. J’ai créé L’atelier Sophro, un réseau de sophrologue pour évoluer, s’entraider et pratiquer entre pairs.
Je suis également formatrice, superviseure, et fondatrice de CAP Entrepreneur : un parcours d’accompagnement pour les entrepreneurs de services qui veulent construire une activité alignée et durable.
J’explore dans mes articles la façon dont psychologie, sophrologie et stratégie se croisent dans la réalité du terrain.