Une reconversion professionnelle, c'est aussi une perte réelle : celle d'une identité, d'un réseau, d'une façon d'exister. Même choisie, même désirée, elle génère un processus de deuil que personne ne nomme. Comprendre ce processus, selon les travaux du Dr Christophe Fauré, permet de le traverser autrement. Et la sophrologie est un outil concret pour l'accompagner.
Tu as pris la décision. La reconversion, tu l'as choisie. Ou peut-être qu'elle s'est imposée à toi (un burn-out, une restructuration, une envie qui ne te lâchait plus).
Et pourtant.
Pourtant, il y a ce truc étrange. Cette tristesse qui ne devrait pas être là. Cette sensation de flotter entre deux eaux, entre ce que tu étais et ce que tu deviens. Cette culpabilité, parfois, de ne pas être « plus heureuse » maintenant que tu vas enfin vers ce que tu veux.
Bah… personne ne t'avait prévenue, si ?
Qu'une reconversion professionnelle, c'est aussi un deuil.
Pourquoi une reconversion ressemble à un deuil ?
Le problème, c'est qu'on ne lui donne pas ce nom-là.
On dit « passage », « transition », « évolution de carrière ». Des mots propres. Des mots qui ne font pas peur. Des mots qui évacuent ce qu'il y a vraiment dedans : la perte.
Perdre un métier, c'est perdre une partie de soi.
Pendant des années, tu étais comptable, juriste, commerciale, infirmière, formatrice. Ce n'était pas juste un titre sur un contrat. C'était ta réponse à « tu fais quoi dans la vie ? ». C'était la façon dont tu t'organisais le matin, le lundi, le mois. C'était ton réseau, ta tribu, tes repères.
Et tout ça disparaît.
Même si tu t'en vas de ton plein gré.
Quelles sont les pertes concrètes lors d'une reconversion ?
Je te regarde, toi qui lis ça. Est-ce que tu reconnais une de ces pertes ?
Comment savoir si on traverse un processus de deuil lors d'une reconversion ?
Voilà quelques signaux que j'observe souvent, en séance :
La nostalgie ambivalente. Tu détestais ce boulot, et pourtant tu en parles avec une certaine douceur. Tu te surprends à regarder d'anciens messages, d'anciennes photos de team building.
La comparaison qui revient. « Avant, j'avais un salaire fixe. Avant, je savais où j'allais. Avant, c'était plus simple. »
L'identité flottante. Tu ne sais plus trop comment te présenter. Tu hésites entre l'ancien et le nouveau.
La culpabilité de ne pas être soulagée. Tu avais tout pour être contente de ce changement, et tu ne l'es pas complètement. Et tu culpabilises de ne pas l'être.
Pas un bug. Pas une faiblesse. Du deuil.
Quelles sont les étapes du processus de deuil lors d'une reconversion ?
Ce que j'ai compris, à force d'accompagner des personnes en reconversion : les étapes ne se présentent pas dans l'ordre du manuel.
Tu peux être en colère un mardi, en pleine acceptation le jeudi, et retomber dans la tristesse le dimanche soir.
Et c'est normal.
Ce qui l'est moins : rester bloquée dans une phase sans le savoir. Sans nommer ce qui se passe. Sans avoir d'espace pour le traverser.
Parce que dans notre culture, la reconversion, ça doit être « positif ». Ça doit être « courageux ». Ça doit s'afficher sur LinkedIn avec un post inspirant.
Le deuil, lui, n'a pas sa place dans ce récit-là.
Comment la sophrologie aide à traverser le deuil d'une reconversion ?
Bon. C'est là que mes deux casquettes entrent en jeu.
La sophrologue que je suis travaille depuis des années avec le processus de deuil. Pas uniquement le deuil lié à la perte d'un proche (le deuil au sens large : la perte de santé, de couple, d'un projet de vie, d'une identité).
Et la reconversion professionnelle, c'est exactement ça.
Voilà ce que la sophrologie permet concrètement dans ce contexte :
C'est exactement ce que je suis, quelque part. L'entre-deux. L'espace entre ce que tu étais et ce que tu deviens.
« Traverser le processus de deuil » plutôt que « faire son deuil » : pourquoi ça change tout
C'est une nuance qui compte, et pas seulement dans les mots.
Dire « faire son deuil », c'est sous-entendre qu'il y a une ligne d'arrivée. Que quand c'est fait, c'est fini. Que si tu ressens encore de la tristesse six mois après avoir quitté ton ancien métier, c'est que tu n'as pas bien « fait » ce que tu avais à faire.
C'est faux.
Traverser un processus de deuil, c'est accepter que ça prenne le temps que ça prend. Que les émotions reviennent, parfois, même quand le nouveau projet avance bien. Que c'est normal de pleurer une vie d'avant tout en étant contente de ce qu'on construit maintenant.
Les deux coexistent. Toujours.
Et c'est précisément là que la sophrologie est utile : non pas pour accélérer la traversée, mais pour l'accompagner sans se perdre dedans.
Est-ce qu'il faut avoir terminé de traverser son deuil avant de se reconvertir ?
Je te pose la question directement : est-ce que tu t'es autorisée à traverser ce deuil ?
Pas à t'y noyer dedans. Pas à idéaliser l'avant au point de ne plus avancer. Mais à le reconnaître, vraiment. À dire : « il y avait des choses bien, là-dedans. Et c'est terminé. Et j'ai le droit de le vivre. »
J'ai accompagné des personnes en reconversion qui arrivaient en séance en pensant avoir besoin d'aide pour « trouver leur positionnement » ou « reprendre confiance ». Et ce qu'on découvrait ensemble, c'est qu'il y avait d'abord un processus de deuil à traverser. Que tant qu'il n'était pas reconnu, la suite restait floue.
Ce n'est pas une étape à skiper.
Ce que tu peux faire maintenant
Si tu es en pleine reconversion et que tu reconnais ce que tu as lu ici, voilà ce que je t'invite à explorer.
Nommer. Prends un moment pour écrire ce que tu perds. Pas ce que tu gagnes (ça, tu le sais déjà). Ce que tu perds. Sois précise. Sois honnête.
Accueillir la tristesse sans la juger. Elle n'est pas incompatible avec l'envie d'avancer. Les deux coexistent.
T'offrir un espace. Un espace de parole, de corps, de silence. Pas pour accélérer le processus. Pour l'habiter.
Et si tu veux faire ça avec un accompagnement, tu sais où me trouver.
FAQ : Deuil et reconversion professionnelle
Sources : Fauré C. (2012), Vivre le deuil au jour le jour, Albin Michel. Fauré C. (2016), Après le deuil : La vie à réinventer, Albin Michel.
