En bref — ce que tu vas trouver dans cet article L’approche factorielle en sophrologie est une grille de lecture clinique qui permet d’identifier, pour chaque client, quel facteur, corporel, cognitif, émotionnel ou existentiel, est prioritairement fragilisé. Formalisée par Norbert Cassini, elle s’inscrit dans la continuité de la sophrologie caycédienne et permet de choisir les techniques les plus adaptées à chaque personne, plutôt que de suivre un protocole identique pour tous. Dans cet article, j’explore cette approche à la lumière de dix ans de pratique et des apports actuels des neurosciences.
Il y a quelques mois, je discutais avec une sophrologue en supervision. Brillante, investie, formée sérieusement. Elle me décrit une séance qui ne s’est pas passée comme prévu. Sa cliente est arrivée tendue, incapable de se poser. La relaxation dynamique n’a pas pris. Le scan corporel a généré plus d’anxiété qu’autre chose.
« J’ai suivi le protocole exactement comme je l’ai appris », me dit-elle. « Je ne comprends pas ce qui s’est passé. »
Je lui ai posé une seule question.
« Au moment où ta cliente s’est assise en face de toi, qu’est-ce que tu as observé, avant même qu’elle ouvre la bouche ? »
Un silence. Puis : « Elle serrait les mains. Sa respiration était haute. Elle regardait l’heure. »
« Et tu as quand même commencé par la relaxation corporelle ? »
Voilà le cœur du problème. Pas la technique : la lecture. Le protocole était bon. Le moment, lui, ne l’était pas.
Cette cliente-là, ce jour-là, n’avait pas besoin d’abord de son corps. Elle avait besoin qu’on démêle d’abord le tourbillon cognitif qui l’empêchait d’y accéder.
C’est exactement à partir de cette question : comment lire ce que vit vraiment la personne en face de moi, et comment utiliser la richesse de la sophrologie pour répondre précisément à ce dont elle a besoin, que l’approche factorielle en sophrologie prend tout son sens.
La sophrologie caycédienne : un héritage exigeant
Avant d’aller plus loin, il faut rendre à Caycedo ce qui lui appartient. La sophrologie caycédienne est une discipline rigoureuse, profonde, construite sur des décennies de recherche clinique et de pensée phénoménologique. Alfonso Caycedo a synthétisé des héritages multiples, la psychiatrie phénoménologique, le yoga, le bouddhisme tibétain, le zen japonais, pour créer quelque chose d’original : une méthode de développement de la conscience qui passe par le corps vivant.
Les relaxations dynamiques, la sophronisation de base, les techniques projectives, la sophrologie de la vie quotidienne, ces outils ont une cohérence interne et une puissance qui n’ont pas besoin d’être améliorées pour être efficaces. Des générations de praticiens et de clients en témoignent.
L’approche factorielle ne remet rien de tout cela en question. Elle ne propose pas une sophrologie « version 2.0 » ou une alternative plus moderne. Elle propose une grille de lecture supplémentaire, une façon d’entrer dans la pratique caycédienne avec plus de précision et plus d’intention clinique.
La sophrologie caycédienne donne les outils pour développer la conscience. L’approche factorielle aide à choisir le bon outil, pour la bonne personne, au bon moment.
Norbert Cassini et la vision systémique
C’est Norbert Cassini qui a formalisé cette approche. Norbert* a fondé en 2002 l’École Française de Sophrologie, il a été Président de la Fédération des Écoles Professionnelles en Sophrologie (FEPS) et membre du comité éditorial de la revue : Sophrologie, pratiques et perspectives.
Son point de départ est simple : l’être humain ne fonctionne pas en silos. Ce qui se passe dans le corps influence la pensée. Ce qu’on pense colore les émotions. Les émotions orientent le sens qu’on donne à ce qu’on vit. Et le sens qu’on donne à sa vie façonne la façon dont on habite son corps.
Dans la formulation originale de Cassini, cette vision systémique s’articule autour de quatre grands axes : l’équilibre général : respiration, écoute du corps, détente, lâcher-prise et concentration ; la gestion du stress et des émotions ; l’être soi : estime, confiance et affirmation de soi ; et les valeurs que l’on porte en soi. Quatre entrées qui couvrent déjà, dans leur profondeur, l’essentiel de ce qui fait une vie humaine équilibrée.
Ces axes ne sont pas des compartiments séparés, mais des dimensions interdépendantes d’un même système vivant. Et chacun peut, à un moment donné, être plus perturbé que les autres, devenir ce qu’on appelle un facteur prioritaire.
L’intelligence de l’approche, c’est précisément ça : identifier ce facteur prioritaire et utiliser les techniques sophroniques de façon ciblée pour créer un point de levier : un premier mouvement qui va naturellement entraîner les autres.
*J’ai eu la chance non seulement d’interviewer Norbert Cassini, mais d’animer une journée de cours sur l’anatomie de la conscience avec sa participation. Si tu veux en savoir plus, je t’invite à écouter le podcast. OMG, c’était tellement enrichissant.
Un mot sur cette série, avec honnêteté
Je veux prendre un moment pour être transparente sur ce que tu vas lire dans les articles qui suivent, parce que je pense que cette transparence est nécessaire, et parce qu’elle dit quelque chose d’important sur la façon dont une discipline vivante évolue.
J’ai été formée à l’approche factorielle telle que Norbert Cassini l’a formalisée. Ces quatre axes : équilibre général, gestion du stress et des émotions, être soi, et valeurs, sont ma base, ma fondation, le cadre à partir duquel tout a commencé. Je les ai pratiqués, enseignés, transmis.
Puis dix ans ont passé. Dix ans de pratique, de formation de sophrologues, de supervision, de lectures en psychologie et en neurosciences. Des étudiants qui posaient des questions auxquelles le cadre initial ne répondait pas complètement.
Des clients dont la complexité débordait les catégories disponibles. Des découvertes scientifiques récentes, sur l’interoception, la théorie polyvagale, la neuroplasticité, les marqueurs somatiques, qui éclairaient d’une façon nouvelle ce que la sophrologie faisait intuitivement depuis longtemps.
Tout cela m’a amenée à proposer dans cette série d’article, l’essence de la formation que j’ai construis : un redécoupage de l’approche factorielle, non pas pour corriger Norbert Cassini, je m’en garderait bien, mais pour prolonger sa pensée à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui.
Les quatre dimensions que j’explore ici : corporelle, cognitive, émotionnelle, existentielle, s’inscrivent dans la continuité directe de son travail. Elles en reprennent l’esprit systémique et la visée humaniste. Elles y ajoutent un ancrage dans les neurosciences contemporaines et une précision clinique nourrie par l’expérience du terrain.
Ce que cette série est & ce qu’elle n’est pas
Ce que vous allez lire, c’est ma lecture de l’approche factorielle, enrichie, ajustée, prolongée par dix ans de pratique et de formation. Ce n’est pas la seule lecture possible, ni la lecture « officielle ». C’est une contribution honnête à une réflexion collective sur la façon dont la sophrologie peut s’exercer avec plus de finesse, plus de rigueur, et plus d’attention à ce que chaque personne porte en elle. Si vous avez été formé à l’approche factorielle dans d’autres cadres, vous reconnaîtrez peut-être des fondations communes, et vous trouverez peut-être aussi des angles nouveaux. C’est précisément ce que j’espère : que cette série soit une invitation à penser, pas un nouveau dogme à adopter.
L’approche factorielle en sophrologie est une grille de lecture clinique qui permet d’identifier, pour chaque client, quel facteur, corporel, cognitif, émotionnel ou existentiel, est prioritairement fragilisé. Formalisée par Norbert Cassini, elle s’inscrit dans la continuité de la sophrologie caycédienne et permet de choisir les techniques les plus adaptées à chaque personne, plutôt que de suivre un protocole identique pour tous. Dans cet article, j’explore cette approche à la lumière de dix ans de pratique et des apports actuels des neurosciences.
Les quatre dimensions en un coup d’œil
Dimension CORPORELLE : Comment j’habite mon corps. La conscience sensorielle, le schéma corporel, l’ancrage physique. Question centrale : suis-je présent à ce que je vis dans mon corps ?
Dimension COGNITIVE : Comment je construis du sens. Les pensées, les croyances, les représentations mentales. Question centrale : est-ce que mon mental m’aide ou me freine ?
Dimension ÉMOTIONNELLE — Comment je ressens et je relie. L’intelligence affective, la régulation émotionnelle, la relation aux autres. Question centrale : est-ce que j’accueille ce que je ressens ou est-ce que je le fuis ?
Dimension EXISTENTIELLE : Qui je suis et pourquoi. L’identité, les valeurs, l’estime de soi, l’assertivité, le sens. Question centrale : est-ce que je me sens aligné avec qui je suis vraiment ?
Comment identifier le facteur prioritaire d’un client ?
Une approche centrée sur la personne
Ce qui distingue le plus profondément l’approche factorielle dans la pratique quotidienne, c’est son orientation résolument centrée sur la personne, au sens rogérien du terme. Chaque client qui arrive a une histoire, une façon particulière d’être au monde, un ou plusieurs facteurs plus fragilisés que les autres. L’approche factorielle propose de partir de là, de ce qui est là, maintenant, pour cette personne, plutôt que d’un protocole préétabli.
Cela demande une qualité d’écoute et d’observation qui va au-delà de ce qu’on dit. Comment la personne occupe-t-elle l’espace ? Quelle est la qualité de sa respiration quand elle parle de ses difficultés ? Est-ce qu’elle intellectualise, ou est-ce qu’elle ressent ? Est-ce qu’elle sait ce qu’elle veut, ou est-ce qu’elle cherche encore ? Ces signaux ; verbaux, corporels, relationnels ; orientent l’analyse factorielle.
Et c’est précisément cette lecture attentive qui permet d’identifier rapidement un point de levier. Non pas pour résoudre tout d’un coup, mais pour trouver le premier pas qui a le plus de chances d’entraîner une dynamique de transformation durable.
L’effet papillon intérieur : pourquoi un seul point de levier peut tout changer
Il y a une image que j’aime utiliser pour décrire ce qui se passe quand on trouve le bon point de levier : l’effet papillon intérieur. Un petit ajustement dans un facteur peut transformer l’ensemble du système, de façon douce, organique, sans forcer.
Une personne dont le facteur corporel est prioritaire va, en reconnectant à son corps, découvrir que sa rumination mentale diminue naturellement. Qu’elle supporte mieux ses émotions difficiles. Qu’elle reprend confiance en elle, peu à peu. Pas parce qu’on a travaillé directement sur ces dimensions, mais parce que le corps ancré crée les conditions pour que le reste se réorganise.
De la même façon, une personne dont le facteur existentiel est prioritaire, qui n’a plus le sens de ce qu’elle fait, va parfois débloquer quelque chose d’essentiel simplement en clarifiant ses valeurs et en retrouvant une direction. Les trois autres facteurs suivront, parce que le sens est une boussole puissante.
C’est là toute l’intelligence de la vision systémique : on ne traite pas des symptômes isolés. On accompagne un être humain dans son entièreté, en trouvant l’endroit où le mouvement est le plus fluide possible.
Ce que cette série propose
Dans les quatre articles qui suivent, nous explorons en détail chacune des dimensions factorielles : ce qui se passe quand elles sont perturbées, ce que les neurosciences et la psychologie nous apprennent sur leurs mécanismes, et comment la sophrologie caycédienne, dans toute sa richesse, permet de les travailler concrètement. Chaque article suit la même progression pédagogique : Découverte (observer, comprendre), Conquête (activer, mobiliser), Transformation (intégrer durablement). Avec, à chaque fois, un ancrage dans la réalité du sophrologue praticien, parce que ce travail nous concerne autant que nos clients.
Pour qui cette approche est-elle utile ?
Pour les sophrologues en cours de formation qui cherchent à enrichir leur compréhension de la pratique et à développer une lecture clinique plus fine. Pour les sophrologues déjà installés qui sentent qu’ils répètent les mêmes protocoles sans toujours savoir pourquoi ils choisissent l’un plutôt que l’autre. Et pour tous ceux qui croient que la sophrologie est une discipline sérieuse, capable d’accompagner des transformations profondes et qui veulent l’exercer avec toute la rigueur et toute l’humanité qu’elle mérite.
Questions fréquentes sur l’approche factorielle
C’est quoi l’approche factorielle en sophrologie ? C’est une grille de lecture clinique qui identifie, pour chaque client, quel facteur (corporel, cognitif, émotionnel ou existentiel) est le plus fragilisé, afin d’adapter précisément les techniques de sophrologie caycédienne.
L’approche factorielle est-elle compatible avec ma formation en sophrologie caycédienne ? Oui, totalement. Elle ne remplace pas la sophrologie caycédienne, elle l’enrichit d’une couche de lecture supplémentaire pour personnaliser les séances.
Comment savoir quel facteur travailler en priorité avec un client ? En observant des signaux verbaux, corporels et relationnels lors de l’entretien initial : qualité de la respiration, tendance à intellectualiser ou ressentir, rapport à son corps, degré de clarté sur ses valeurs et sa direction de vie.
Quelle est la différence entre l’approche de Cassini et celle de cette série ? Cette série s’appuie sur les 4 axes de Norbert Cassini et les prolonge à la lumière des neurosciences contemporaines (théorie polyvagale, interoception, neuroplasticité), avec un ancrage renforcé dans ma réalité de sophrologue et de formatrice depuis 10 ans.
La sophrologie caycédienne est-elle une boussole ou une carte ? Les deux — et c’est précisément là que l’approche factorielle prend son sens : la sophrologie caycédienne est la boussole, l’approche factorielle est la carte. Ensemble, elles permettent de naviguer avec plus de précision, sans jamais perdre de vue que c’est la personne en face qui trace la route.
Je suis, Séverine Roussel sophrologue, spécialisée en santé mentale et émotionnelle, avec plus de dix ans de pratique et de formation de sophrologues. J’ai créé L’atelier Sophro, un réseau de sophrologue pour évoluer, s’entraider et pratiquer entre pairs.
Je suis également formatrice, superviseure, et fondatrice de CAP Entrepreneur : un parcours d’accompagnement pour les entrepreneurs de services qui veulent construire une activité alignée et durable.
J’explore dans mes articles la façon dont psychologie, sophrologie et stratégie se croisent dans la réalité du terrain.